Lorsqu’on crée une formation en ligne, une des étapes importantes qui permet l’engagement et l’inclusion de nos apprenants est l’écriture.
La rédaction donne tout son sens au module à travers la vulgarisation des contenus, mais également la création d’histoire, ou encore la mise en place de contexte permettant de donner du sens à la formation.
Vous l’aurez compris aujourd’hui on parle d’écriture dans le digital Learning.
La narration et le storytelling pour engager
Dans un livre comme dans un jeu, qu’est-ce qui nous donne envie de nous impliquer réellement ? Eh bien, c’est le fait de se sentir embarquer dans une histoire.
C’est là toute l’importance du storytelling dans le digital learning. Et lorsqu’on parle de storytelling, on s’attend à parler d’une histoire créée de toutes pièces. C’est bien le cas, mais elle n’est pas forcément fantastique. Certaines histoires peuvent être très proche de la réalité et du contexte de notre apprenant.e.
Le but ici va justement être de donner un sens à la formation de notre apprenant. En fonction de l’objectif pédagogique, on peut créer un contexte qui va permettre à l’apprenant de s’impliquer dans son apprentissage et de devenir acteur de ce dernier.
Prenons un exemple concret : pour une formation créée pour les Petits Frères des Pauvres, un des objectifs des bénévoles est de repérer une personne âgée isolée. Dans ce cadre là, nous sommes partis sur l’histoire de quatre personnages dans des lieux divers comme un milieu rural ou un centre-ville et chacun de ces personnages, qui va être incarné par notre apprenant, va devoir repérer des signes d’isolement chez une personne âgée. Chaque personnage à son propre contexte de vie, que l’on introduit au travers d’un contexte narré.
Dans cet exemple précis, on voit bien que nous sommes proches de la réalité du terrain, proche de ce que va vivre notre apprenant.e dans sa vie réelle. Cela permet de concrétiser les compétences qu’on lui demande d’acquérir. De le mettre en situation.
Nous avons donc bien une narration, un storytelling, mais un contexte réel. Dans d’autres cas, nous pourrions partir sur des histoires fantastiques, des univers créés de toutes pièces, des personnages très différents, mais toujours dans un seul et unique but : impliquer notre apprenant.
Concrètement comment cela se profile ? Eh bien pour cela, il va falloir chercher dans nos souvenirs et retrouver le schéma narratif. Souvenez-vous : une situation initiale permet de poser le contexte et de présenter les personnages. Ensuite vient un élément déclencheur, une problématique se présente et celle-ci va mener à des péripéties. La résolution de la problématique intervient, et c’est là que nous pouvons conclure notre récit.
Exemple tiré d’un module sur le repérage de l’isolement des personnes âgées, pour l’association Les Petits Frères des Pauvres.
Le contexte réaliste basé sur une routine quotidienne du storytelling est choisi ici pour impliquer chaque apprenant.e.
Ce formations sont désormais ouvertes gratuitement au grand public. Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir le projet Se former pour agir.
Les styles d’écriture pour engager
Bon, d’accord, écrire une histoire pour embarquer notre apprenant en utilisant le schéma narratif, c’est un début. Mais la rédaction ne s’arrête pas là. C’est même seulement un point de départ, qu’il va falloir étoffer grâce à un style d’écriture.
Une fois la trame établie, c’est tout un univers cohérent qu’il va falloir construire. Chaque personnage va avoir sa propre expérience, sa personnalité, et pourquoi pas son expertise ! Ok, là encore ça paraît logique, on appelle rarement son plombier pour faire de la maçonnerie. Seulement, lorsqu’on le pose à l’écrit, qu’on créé sa fiche personnage, et qu’on la garde sous la main pendant la rédaction, on s’assure de suivre la trame établie.
Un exemple concret, à la Fédération Française des Diabétiques, nous avons toute une équipe pédagogique créée pour accompagner nos apprenants. Notre médecin généraliste intervient pour parler de la pathologie, et des traitements possibles, tandis que nos bénévoles présentent les différentes actions qu’il est possible de mettre en place. Chacun a un rôle bien précis, permettant de mettre en confiance nos apprenant.e.s sur l’expertise transmise !
Les lieux ont également un rôle à jouer. Chaque endroit choisi doit apporter quelque chose à l’histoire. Un formateur, dans sa salle de formation, peut apporter du contenu théorique, affichant des éléments au tableau. Un inspecteur trouvera des preuves sur une scène de crime, mais interrogera les témoins au commissariat. Etc, etc !
Lister chaque personnage et chaque lieu en amont permettra de garder une cohérence tout au long du récit, mais il nous reste un dernier détail à peaufiner pour enfin rédiger : quel ton va-t-on utiliser ?
Et là, se pose la question de ce qu’on veut transmettre au travers de notre formation, quelles sont nos intentions ? Veut-on une formation formelle et bienveillante, ou une formation chaleureuse et détendue, ou encore un style décalé et comique ? Tout cela va définir le ton a utilisé tout au long de notre rédaction !
Lorsqu’on souhaite une proximité avec nos apprenants, une ambiance détendue et chaleureuse, peut-être opterons-nous pour un tutoiement, que nous aurions évincé sur une formation formelle !
On a tous déjà eu ce collègue, sympa rigolo et un peu maladroit ou encore ce manager bienveillant mais toujours très pressé qui n’a pas le temps de tourner autour du pot ou encore ce mentor parfois dur mais toujours dans notre intérêt. Et oui chaque personnage va avoir sa personnalité, et cela doit aussi se ressentir dans la rédaction. Bien sûr, le ton général de la formation doit toujours rester cohérent. C’est pour cela qu’il faut bien le choisir en amont, mais chaque personne aura ses petites particularités qui doivent également rester cohérentes sur la totalité de ses interventions.
Exemple de personnages et décors créés dans le cadre d’une formation à la Communication Non Violente, pour Les Tableaux du Passé.
Ici, on propose à nos apprenant.e.s sur un ton détendu et chaleureux d’accompagner une mère de famille dans son quotidien à atteindre plus de sérénité dans les relations qui l’entourent.
Que ce soit à son travail, en famille, ou autour d’un café avec des ami.e.s, le but est d’amener une réflexion à travers des situations que nous sommes tous amenés à vivre.
Les techniques d’écriture
Enfin, lorsqu’on parle de rédaction de formation digitale, on parle également de techniques d’écriture. Si nous avons créé une trame narrative, choisis un ton pour notre formation, mais également défini des lieux et personnages chacun avec leurs caractéristiques, la rédaction peut enfin commencer.
Et c’est ici que je vais mettre les deux pieds dans le plat car il est temps de parler d’inclusion.
Dans l’écriture aussi, on peut être plus accessible et donc ouvert à tous les publics. Cela signifie par exemple d’utiliser plusieurs techniques d’écriture qui permettent notamment l’inclusion de la dyslexie. Pour cela, je vais vous parler de trois techniques d’écriture : l’écriture Web, le Langage Clair et le FALC (Facile À Lire et à Comprendre).
Peu importe la technique, on recommande l’utilisation de phrases courtes. Et oui aussi littéraire soit-on, oublions Proust et tous ces autres auteurs qui nous inspirent de très longues phrases et de très longues descriptions pour aller à l’essentiel.
L’idée va également être d’utiliser le vocabulaire adapté à notre cible. Effectivement, en présence de novices, nous allons éviter d’utiliser des termes très spécifiques sans les avoir explicités auparavant.
Pour faire simple, les mots alambiqués et/ou trop spécifiques, les phrases à rallonge, et même les structures de texte doivent être simplifiés au maximum pour garantir une information compréhensible, mais aussi facile à trouver.
Bon, et là vous vous dites “Ok merci Camille, c’est bien beau, mais c’est quoi la différence entre Langage Clair et FALC en fait ?”. J’y viens ! Le Langage Clair permet une vulgarisation globale, tandis que le FALC s’adresse spécifiquement aux personnes en situation de handicap. D’ailleurs, le FALC concerne autant l’écriture que les images et pictogrammes associés… Et doit impérativement être relues par une personne en situation de handicap cognitif pour être certifié !
Vient donc le sujet qui fâche : l’écriture inclusive elle-même. Un sujet qui fait grand débat depuis quelques temps, chacun allant de sa propre position sur le sujet. Paradoxalement, parler d’écriture inclusive comprend de nombreuses règles et techniques, toutes différentes, et plus ou moins adaptées à chaque sujet/projet.
Lorsqu’on aborde le sujet, j’aime faire un petit point d’histoire : saviez-vous que c’est au 17ème siècle qu’apparaît la règle du “masculin qui l’emporte sur le féminin” ? Et oui, avant cela, l’accord se faisait à la majorité, y compris féminine… Preuve qu’on a déjà fait évoluer nos façons d’écrire… Et qu’on le peut encore !
Bon, un débat qui fait rage, c’est le point médian. Et un des arguments majeurs, c’est que ça rend la lecture difficile… Oups, là encore, on a des arguments contres : l’œil est capable de s’habituer à tout, si on fait l’effort de l’y soumettre. Non, le seul argument “accessibilité” valable, c’est bien la retranscription audio des lecteurs d’écran… À laquelle une solution simple consiste à prévoir dès le départ une retranscription audio, comme on le voit de plus en plus sur les sites des médias avec une possibilité “d’écouter l’article”.
Il y a aussi la double flexion, le fait de doubler pour inclure l’autre genre. Le formateur et la formatrice, par exemple. Et là pour le coup, ça alourdit effectivement la rédaction, la lecture, et l’écoute quand cela se retrouve dans une voix off. Mais cela peut être un compromis intéressant, dans des cas où d’autres solutions ne sont pas trouvées.
On peut aussi adopter un genre neutre ! Par exemple, on peut parler de droits humains, au lieu des droits de l’Homme. Alors ça ne marche pas toujours, il est parfois difficile de trouver une formulation neutre, mais pourquoi ne pas essayer ?
Exemple tiré d’une formation déstinée aux bénévoles de la Fédération Française des Diabétiques.
Ici, pour éviter d’alourdir le texte, nous avons opté pour une solution encore différente : casser les codes.
On entend toujours parler des « assistantes sociales », métier qu’on voit majoritairement au féminin.
Eh oui, l’inclusion peut aussi se faire en faveur de la gente masculine, et c’est d’ailleurs ce que nous avons choisi, en optant pour la formulation « les assistants de service social ».
Bien sûr, si aucun compromis n’est trouvé pour adopter une écriture plus inclusive, je vous invite à revenir sur la question des représentations dans les graphismes, parce qu’après tout, chaque petit pas peut contribuer à avancer !
Contactez-nousSources de l’article :
- https://www.titashop.fr/products/le-storytelling-pour-la-formation-flye-sainte-marie?srsltid=AfmBOoq6TKm51xMPWFSPVrcNUL9SQE2MLKRuRysDpkXlWQrQa4LYBWjf
- https://www.info.gouv.fr/accessibilite/outils-de-creation-pour-rendre-linformation-et-la-communication-accessibles
- https://lisible.com/blog/le-langage-clair-qu-est-ce-que-cest/
- https://www.24joursdeweb.fr/2024/avez-vous-pense-a-iel-ou-limpact-de-lecriture-inclusive-sur-les-personnes-dyslexiques
- https://www.youtube.com/watch?v=url1TFdHlSI