Quand on parle d’accessibilité, il y a de nombreux paramètres à prendre en compte. Vous avez donc déjà dû entendre parler de “design accessible”, surtout si vous travaillez dans le monde du numérique ! Mais qu’est-ce qui se cache derrière ces termes ? Qui est concerné par un design accessible dans le digital learning ? À quel moment du projet faut-il le préparer ? Dans cet article, je vais tenter de répondre à toutes ces questions et de vous proposer quelques nouvelles bonnes pratiques. Bien sûr, le design accessible étant un très vaste sujet, nous n’en aborderons ici qu’une partie. Si le sujet vous intéresse, peut-être sera-t-il l’objet d’une série d’articles… N’hésitez donc pas à nous le dire !
Qu’entend-t-on par design accessible ?
Commençons par le commencement : définir ce qu’est le design accessible ! Pour faire simple et efficace, c’est simplement concevoir une solution qui permette à toutes et tous d’accéder au même niveau d’informations, peu importe la méthode utilisée. C’est flou ? Ok, alors prenons quelques exemples.
Imaginez Marc, ce collègue discret pendant les réunions d’équipe, qui regarde sans broncher vos superbes présentations pleines de graphiques colorés. Il n’a peut-être jamais dit qu’il était daltonien, comme 8% des hommes… Si vos présentations, si belles soient-elles, ne sont pas pensées avec des contrastes suffisants, et des informations claires transmises par d’autres vecteurs que la couleur, bah c’est raté ! Marc continuera à sourire gentiment au fond sans donner son avis… Parce qu’il peut pas ! Oupsi.
Et vous vous souvenez de Marie, cette responsable qui doit faire son e-learning alors qu’elle est en déplacement chez un client aujourd’hui ? Eh bien dommage, ses écouteurs n’ont plus de batterie, et difficile d’écouter les voix offs dans les transports en commun sans ! Ah, elles sont jolies les animations, mais sans le son il manque quand même toutes les explications des superbes éléments qui se baladent à l’écran. Ça va encore faire chuter les stats du service RH…
On a aussi Jean-Mi, qui nous a designé des écrans “innovants pour un effet Wahou !”. Alors c’est chouette, dans le principe, sauf quand tu perds tes repères pour trouver tes boutons d’aide à la navigation, ou quand les icônes sont tellement belles mais qu’on identifie plus au premier coup d’œil leur fonction. Bon, pardon à tous les Jean-Mi, mais c’est pas hyper rigolo, on perd du temps, on s’agace… Et encore, on n’est pas forcément atteint de déficiences visuelles pour repérer les boutons qui ont changés de place, nous !
Et on ne parle pas non plus des troubles Dys d’Hélène, qui bute à la lecture des paragraphes à rallonge collés écrit avec une police Serif dans les documents internes qu’elle reçoit, ou encore Baptiste, qui a perdu le fil de la phrase depuis la 4ème ligne et qui en a pas compris un mot parce que c’est que du jargon technique sans traduction dans son vocabulaire…
Vous voyez où je veux en venir ? Le design accessible, c’est un tout. C’est, bien évidemment, penser aux personnes en situation de handicap, mais pas que, c’est un confort pour tou.tes ! C’est une histoire de vue d’ensemble, entre charte graphique, interface utilisateur.rice, en passant par la diversité des supports d’apprentissage… Et sans lésiner sur le contenu ou les activités interactives !
Pourquoi penser à un design accessible ?
La partie qui sert à rien me direz-vous, on en a déjà parlé ! Bon, d’accord, mais on va quand même en remettre une couche, parce que je vous assure que c’est pas encore ancré ! Alors pourquoi penser à un design accessible ?
Bien évidemment, comme on l’a déjà dit, pour les personnes en situation de handicap, comme pour le confort de n’importe quelle personne formée !
Mais allons plus loin que cette simple réflexion, quand le design est simple, et que vous vous retrouvez facilement sur un écran, qu’est-ce qu’il se passe ? Eh bien ça vous libère de la charge mentale ! Et par conséquent, ça vous rend plus disponible pour vous concentrer sur le fond, puisque la forme vous paraît instinctive. Design simple et accessible, plus de concentration sur ce qui va vous servir réellement, et donc, un apprentissage optimisé et plus efficace. CQFD !
Un design simple et accessible, ça provoque aussi plus de motivation. Oui, parce qu’on s’est tou.tes déjà retrouvés devant cette formation obligatoire qu’on avait pas du tout envie de faire, mais quand c’est sympa, bien pensé et que ça demande peu d’efforts, ça devient moins contraignant. Et quand en plus c’est à l’écoute de nos besoins et que ça répond à nos problématiques actuelles, on se sent plus concernés… Et donc plus investis !
Un autre point, et non des moindres, la confiance en soi. On n’y pense peu, mais quand on a des difficultés d’apprentissage, ou une faible confiance en soi, le fait d’apprendre facilement, ça booste ! Quand on comprend un sujet, qu’on ne galère pas à l’appréhender, qu’on peut se l’approprier à notre rythme et à notre manière… Eh bien on le met plus facilement en pratique. Et c’est généralement le but, voir des changements sur le terrain.
Allez, pour faire plaisir à nos ami.es du budget, financièrement, ça peut aussi être un investissement rentable ! Plus on pense design accessible tôt dans un projet, moins on aura de retours mitigés à traiter dans un ou deux ans… Et donc à réinvestir sur un module qui finalement, n’avait pas besoin de mise à jour.
Et puis quand on prône l’inclusion dans son organisme, le fait de s’y investir y compris dans la formation est toujours gage de confiance pour vos équipes actuelles, et futures ! Mais j’en parle plus longuement dans l’article sur la transmission des valeurs dans la formation.
Qui est concerné par le design accessible des modules e-learning et quand ?
Rentrons dans le vif du sujet : ça concerne qui, dans une équipe projet ? Surprise, ou pas d’ailleurs, ça concerne tout le monde !
Les commanditaires : vous connaissez votre cible apprenante, vous avez conscience de ses motivations, de ses freins, de ses contraintes… Et donc de ses besoins ! Vous représentez également votre organisme et ses valeurs, vous avez forcément des exigences à transmettre à vos prestataires ! Vous pouvez dès le départ l’inclure dans votre cahier des charges, ou encore le formaliser à la rencontre de vos prestataires.
Le ou la chef.fe de projet va également aborder le sujet, et ce, dès la réunion de cadrage : qu’est-ce qu’on veut ? À qui on s’adresse ? Jusqu’où on pousse nos exigences ? Préparation des équipes, phase de test, recettage, notre chef.fe d’orchestre sera garant.e de la prise en compte à chaque étape du projet ! Le recettage, c’est une notion floue pour vous ? Rendez-vous sur l’article de ma parte’pote Claire Noyer sur la phase de recette en e-learning pour un éclairage rapide et efficace.
Au tour de l’ingénieur.e pédagogique, le concepteur ou la conceptrice, bref, le ou la pédagogue d’entrer en action ! Le contenu et les activités interactives se doivent d’être cohérents avec les besoins du projet, il ou elle est donc concerné.e, et ce dès la scénarisation ! J’en parle plus longuement dans l’article “Et si on scénarisait accessible ?” publié il y a quelques mois.
Les graphismes et médias ne dérogent pas à la règle, c’est grâce à eux que le résultat atteindra sa forme finale. Nos graphistes, vidéastes et motion designers (est-ce qu’on dit designeuse ? Dans le doute, prenez en compte que je le cite au féminin comme au masculin !), sont donc garants de la prise en compte de ses besoins dans les médias qu’ils ou elles vont créer. La production commence avec les médias, et chaque détail compte pour un rendu cohérent.
Et l’intégrateur.rice, magicien du rendu final, devra lui aussi s’assurer de la bonne réponse des fonctionnalités suivant les contraintes imposées ! Le module final, c’est sa responsabilité, sous la bonne garde du ou de la chef.fe de projet.
Comment créer une interface accessible ?
ous l’aurez compris, le sujet de l’accessibilité et du design accessible est vaste, et peut aussi être décourageant ! C’est pourquoi déjà plusieurs articles ont été dédiés à des sujets précis. Et celui-ci ne fait pas exception : je vous propose d’aborder les interfaces de nos modules e-learning.
J’ai déjà vu dans des projets des écrans ultra innovants avec un bouton d’aide à la navigation en haut à gauche du module… Vous me direz “Et pourquoi pas après tout ?”. Eh bien tout simplement parce qu’instinctivement, on a l’habitude de chercher ce bouton en haut à droite de nos écrans. C’est une question de protocoles web auxquels on a tou.tes été confrontés inconsciemment et qui sont devenus des réflexes. Une icône apparaît, je me souviens plus à quoi elle correspond, mon regard va porter en haut à droite pour chercher un bouton d’aide ! Si il n’y est pas, je vais devoir chercher… Et je me déconcentre !
Qu’est-ce que je cherche à vous dire ? Eh bien qu’on a pas de protocole propre au digital learning pour créer nos interfaces, mais que globalement, nos modules sont destinés au web : on va donc se baser sur les principes UX design (voire UI, si on parle d’expérience utilisateur sur mobile d’ailleurs, parce que UX, rappelons-le, ce sera plutôt l’expérience utilisateur sur ordinateur). Alors c’est quoi ces bonnes pratiques ?
Les boutons de navigation qui bougent à chaque écran, c’est non ! Ils ont un intitulés clairs et précis, une fonction définie et toujours la même place sur l’écran. Et non, il n’est pas carré sur un écran et rond sur le suivant, sa forme aussi est fixe !
Par exemple, le menu de navigation gardera toujours sa place dans l’en-tête du module. Le bouton suivant se trouvera en bas à droite, à l’opposé du bouton retour, et auront tous deux la même forme puisqu’ils sont tous deux destinés à naviguer. Et quand je veux proposer des ressources bonus au clic sur un bouton, je pense à indiquer clairement “Voir des ressources supplémentaires” dessus, histoire qu’on sache où on clique.
Les contrastes sont suffisants pour que le texte se distingue toujours du fond. Pour ça, parfois se baser sur notre vue n’est pas toujours suffisant, mais beaucoup d’outils en ligne vous permettent de les vérifier. Alors oui, vous allez me dire “c’est quoi des contrastes suffisants ?” et la réponse est : 4,5:1. Je l’ai pas inventé, je vous rassure, ça fait parti des 106 critères d’accessibilité du RGAA. Bon, si on veut faire simple, c’est un savant calcul que je ne m’aventurerai pas à vous expliquer, mais qui permet de vérifier l’opposition marquée entre la luminosité d’un arrière-plan et du texte en premier plan. Et c’est pas évident à deviner à l’œil nu, alors autorisez-vous à douter et vérifier, c’est pas long, mais ça peut changer la donne pour certaines personnes.
On va aussi réfléchir à la disposition de nos écrans : le titre est-il bien identifiable et placé en haut de votre écran, dans le sens de lecture ? Est-ce qu’on identifie rapidement les informations importantes, et éléments cliquables ? Ont-ils un ordre de lecture cohérents ? Penser à la logique de votre écran, en France, le sens de lecture est de haut en bas et de gauche à droite, alors si vous regardez votre écran dans cet ordre, est-ce que vous avez bien placé tous vos éléments pour faciliter leur accès ?
Mais comme je vous le disais, le design accessible, c’est surtout une réflexion globale. C’est la prise en compte de tout ce qui va constituer la ressource qu’on va mettre à disposition. Alors si vous souhaitez vous faire accompagner pour ne rien oublier dans cette démarche, n’hésitez pas à nous contacter !
Si vous avez un projet, et que vous ne savez pas par où commencer, venez nous en parler !